Laissé pour mort
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Tout s’est écroulé quand mon père a quitté le foyer, d’un seul coup la maison est devenue silencieuse. J’étais seul avec ma mère dont je suis devenu le confident et le complice. Les copains sont devenus ma famille. Je suis entré au lycée Jacques Cartier à Saint-Malo, la cité corsaire. Je vibrais aux exploits de Cartier, Surcouf, Duguay-Trouin, Mahé de la Bourdonnais, Chateaubriand, Maupertuis. Je lisais Roger Vercel, Pierre Loti, Moitessier, Stern Veyrin et puis, de la poésie pour charmer les filles ! J’avais 16 ans, j’avais envie de bouger. Je me suis pris de passion pour les mobylettes et ça a été le début des grandes expéditions. Lancés à 50 km/h, nous sommes allés jusqu’en Yougoslavie, en Irlande, en Ecosse et en Pologne où on nous a même jeté en prison !
Encore aujourd'hui, je conserve sur mon bureau les clous qu'on m'a mis dans les jambes pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être  
Pour travailler dans le monde de la moto ou de la course au large, j’avais décidé de devenir ingénieur des arts et métiers mais, je n’ai jamais pu passer mes examens. En mai 1976, je me suis fait agresser par des inconnus qui m’ont laissé pour mort. Quand je suis sorti du coma, personne ne pensait me voir remarcher un jour. Je regarde chaque jour les clous qu’on m’a mis dans les jambes pour tenter de sauver ce qui pouvait l’être. J’étais vivant mais pour le bateau, pour la moto, pour l’aventure, c’était râpé et je me demandais que faire. Quand je suis rentré à la maison, tous les copains sont venus me rendre visite. Or, ils étaient ostréiculteurs, pêcheurs ou  maraîchers et ils apportaient des produits que ma mère cuisinait pour nous tous. A nouveau, la maison s’est emplie de vie. J’ai adoré ça. Dès que j’ai pu tenir sur mes jambes, je suis allé l’aider en cuisine. 
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