Cuisiner la Bretagne
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Je voulais raconter la Bretagne et son arrière-pays, la mer et la terre, l’épopée des cap-horniers. Je me levais à l’aube pour parcourir les marchés, être à la débarque du poisson ou à la criée. J’ai commencé à travailler avec Paul Renault spécialiste des pigeons, canards et coucou rennais, avec les Bocel qui sont maraîchers de père en fils, avec Annie Bertin qui me cultivait des plantes rares à une époque où on savait à peine ce qu’était le basilic ! J’avais dans l’idée qu’un menu se construit d’abord au marché. Le vivant m’intéressait, j’adorais écouter monsieur Robin m’expliquer que la plante qui souffre un peu a plus de goût que celle qui se développe vite.
Je voulais raconter la Bretagne et son arrière-pays, la mer et la terre, l’épopée des cap-horniers
Joseph Pichot, Michel Daniel, Annick Prud’homme, les ostréiculteurs et les pêcheurs aimaient me confier leurs produits, et même madame Libouban acceptait de me livrer de petites quantités de poissons à crédit. J’ai commencé à travailler avec les Couapel pour les crustacés, j’accompagnais parfois les Gesbet à la pêche aux crevettes grises. Plus tard, Didier Faberge me fournirait en palourdes. La cuisine, c’est aussi cela, tous ces liens patiemment tissés avec les gens. Par exemple, Taka Hata, un japonais rencontré chez Gérard Vié qui est venu m’aider à ouvrir la maison, il m’a fait comprendre le côté sacré du vivant tout en me donnant le goût d’accueillir les cuisiniers du monde entier.
Ma cuisine est aussi le résultat de tous ces liens tissés avec des pêcheurs, des éleveurs, des maraîchers...  
A cette période j’ai croisé un universitaire qui écrivait une thèse sur la Compagnie française pour le commerce des Indes orientales. Il me parlait de tout ce qui rentrait dans les murs de Saint-Malo, les soieries, les céladons et une liste de… 14 épices ! Enfin, tout se rejoignait ! La cuisine, la mer, l’ailleurs, mes passions d’enfant ! J’ai créé Retour des Indes, ma première poudre d’épices pour raconter cette Bretagne traversée d’histoires lointaines. Je l’ai ensuite associée au Saint-Pierre et au chou qui pousse dans les champs qui vont vers la mer, j’ai ajouté une compote de pomme, un peu de mangue et tout était là. C’est comme ça que j’allais raconter mon histoire. Je voulais une cuisine écrite comme un grand roman d’aventure et cela, les épices me le permettaient.   
Avec les épices, tout se rejoignait : la cuisine, la mer, l’ailleurs,toutes mes passions d’enfant ! 
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